Récit d'une visite chez Zeno Zignoli et ses fils, à Fumane — une ferme où tout se fait à la main, et des vins d'une élégance que je n'ai rencontrée nulle part ailleurs.
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C'était l'été 2025, au détour d'un séjour en Italie. Quelques routes de campagne au-dessus de Fumane, au cœur de la Valpolicella Classica, et une ferme qui ne ressemble à aucun domaine viticole. Tommaso et Leonardo, les fils de Zeno Zignoli, nous ont reçus avec une chaleur que l'on n'oublie pas : le chai, les vignes, un long moment passé ensemble à parler de leur travail. On repart de Monte dei Ragni avec le sentiment d'avoir touché quelque chose de rare.
Ici, la terre se cultive depuis cinq générations. Les terrasses de pierres sèches que l'on parcourt encore aujourd'hui ont été bâties à la main par les anciens, et Zeno Zignoli, arrivé en 1997, a fait de ce lieu ce qu'il est : une ferme avant d'être un domaine. Le lieu est minuscule : quelques hectares en tout, dont deux seulement en vignes, le reste en oliviers, cerisiers, arbres fruitiers, céréales et potager. Zeno, que le Wine Spectator a un jour surnommé « le poète de la Valpolicella », y travaille avec ses fils, presque seuls.
Ici, rien n'est délégué à la chimie. Les vignes sont conduites en biodynamie — sans certification, par conviction plutôt que par label — et l'on y pratique même l'homéopathie. Le sol est travaillé au cheval. L'herbe n'est pas fauchée mais couchée, en juillet, après la floraison, pour protéger la terre. Le compost est fabriqué sur place, à la main, à partir de la vie de la ferme, et retourne aux vignes. Des arbres fruitiers sont plantés parmi les ceps pour leur donner de l'ombre ; plus loin, Zeno mène une expérience de « vignes mariées » à l'érable et au frêne — l'un abrite le prédateur de l'araignée rouge, l'autre les nids des mésanges qui mangent les insectes. « Il faut apprendre à peindre avec d'autres couleurs », dit-il de la monoculture. Tout, ici, fait système.
Le domaine produit essentiellement deux vins : l'Amarone della Valpolicella Classico et le Valpolicella Ripasso Classico Superiore. S'y ajoutent un rosé, le Ropié — Corvina et Molinara, en IGT Verona —, un blanc élevé en amphore et, selon les années, un peu de Recioto ou un Valpolicella sans ripasso. La production totale ne dépasse pas quelques milliers de bouteilles par an. Au chai, tout se passe dans le bois et la terre cuite, sans pompe : « le vin se fait avec le nez et les mains, pas avec des boutons », dit Zeno. Le Ripasso est issu de Corvina, Rondinella et Molinara ; une partie des raisins sèche à l'étage du chai avant d'être pressée, le vin fermente en cuve, puis « repasse » sur les marcs de l'Amarone pour achever sa fermentation. Il est ensuite élevé une trentaine de mois en grands foudres anciens.
Nous avons dégusté la gamme sur place, et j'ai récemment ouvert une bouteille du Ripasso 2021. Je ne connais pas d'autre vin de cette appellation qui possède cette finesse, cette pureté, cette élégance-là. Une complexité aromatique que je n'ai goûtée nulle part ailleurs, et ce paradoxe rare d'un vin à la fois léger et très profond. C'est, sans hésiter, l'une des plus belles bouteilles qu'il m'ait été donné d'ouvrir ces dernières années.
Nous travaillons avec Monte dei Ragni depuis 2025. C'est une chance, et une fierté, de pouvoir distribuer leurs vins.
— Antoine Lasserre
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